23/02/2022

Le chœur de l’église Notre-Dame (Mont-devant-Sassey)

 Le chœur roman de l’église Notre-Dame de Mont-devant-Sassey s’élève au-dessus de la crypte du XIe siècle. Il est surmonté d’une voûte en berceau et terminé par une abside à 5 pans couverte en cul-de-four. Chacun des 5 pans est percé d’une grande baie en plein cintre. L’abside n’a toutefois pas toujours présenté cette apparence. 





Voûte en cul-de-four

En effet, l’église a été restaurée au XIXe siècle par Narcisse-Casimir Lenfant : les voûtes ont été rebâties, les colonnettes et l’arcature décorant le mur d’abside ont été refaits à neuf. L’architecte a accentué les ressemblances avec les cathédrales de Verdun, Trèves et Reims en modifiant l’aspect du chevet (ajout de 2 tourelles extérieures, surélévation du chœur, présence de 2 chapelles latérales orientées de part et d’autre du chœur).


Chapelle latérale nord
Chapelle latérale sud


Les jolies stalles en bois sont de belle facture mais valent aussi sentimentalement pour les inscriptions qu’elles gardent des enfants de chœur qui s’y sont succédés en des temps parfois bien troublés : on peut y lire gravés des « à bas les collabos » et autres « vive Roosevelt » qui n’ont rien de roman mais qui continuent aussi à témoigner de l’histoire des hommes.





Sources : 

  • Site internet : https://mont-devant-sassey.fr/
  • Congrès archéologique de France 1933 - Etienne Fels
  • Congrès archéologique de France 1991 - Hubert Collin

22/02/2022

Verrière en mémoire du lieutenant Jean Missoffe (Verdun)

 Cette verrière située dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Verdun a été offerte par la famille Missoffe en mémoire du lieutenant Jean Missoffe. Ce dernier est né à Brest le 16 août 1885 et a fréquenté Saint-Cyr entre 1905 et 1906. Sous-officier au 106e Régiment d’Infanterie, blessé aux Éparges, il meurt des suites de ses blessures le 22 février 1915 à l’hôpital militaire de Verdun à l’âge de 29 ans. La verrière réalisée en 1927 par Olivier Flornoy, peintre et Roger Desjardins, peintre-verrier a Angers, représente saint Jean vêtu d’un manteau tricolore. À ses pieds, on reconnaît l’attribut du saint évangéliste : l’aigle.

Verrière en mémoire de Jean Missoffe
Détail de la verrière 


[Sources : Monuments de lumière ; Mémoire des hommes]



21/02/2022

Le monument en hommage au lieutenant-colonel Driant et à ses chasseurs (Bois des Caures)

En 1922, le Souvenir français décida de rendre hommage, sur le champ de bataille, aux soldats des 56e et 59e bataillons de chasseurs à pied et à leur chef le lieutenant-colonel Driant. 

Le monument en hommage au Lt-colonel Driant et à ses chasseurs

L’inauguration du monument le 22 octobre 1922 
[Source : L’Écho de l’Ossuaire de Douaumont et des champs de bataille de Verdun - Gallica]

Au Bois des Caures, on honorait le colonel Driant et ses chasseurs. Tout près de l'endroit où il tomba mortellement frappé, et au bord de la route qui traverse le. Bois des Caures, un sculpteur, Grégoire Calvet, a taillé dans la pierre, tirée dés carrières de Rupt-en-Woëvre. Une forêt de petites croix se détache dans un flou voulu : leurs formes idéalisées viennent aboutir à une croix beaucoup plus grande, dont les bras semblent barrer l'horizon d'un obstacle infranchissable. Une main s'élève sur le fût supérieur de la croix, comme pour repousser l'envahisseur, même par delà la mort. Au-dessus, est gravée l'inscription : « On ne passe pas ! »

Tout en haut du fût se profile la silhouette des avancées de Verdun sauvé. Sur le socle, se lit cette inscription : « Au colonel Driant et à ses Chasseurs ». Enfin, devant le monument, une simple dalle de pierre indique l’endroit ou est inhumé le corps du brave colonel et les onze Chasseurs, non identifiés, retrouvés dans ce secteur. Le vœu du grand chef se trouve réalisé; il repose près de ses Chasseurs ! 

Grégoire Calvet sculptant le monument dans les carrières de Rupt-en-Woëvre

Le monument en 1922
Il est 2 h, et, en présence d'une foule nombreuse, entourée des ministres, généraux et parlementaires, commence la cérémonie d'inauguration du monument. Devant le monument, les fanions des bataillons sont rangés, ainsi que la fanfare du 16e bataillon, devant la croix de pierre a été placé le drapeau des Chasseurs à pied venu de Grenoble.

La foule et les porte-drapeaux devant le monument le 22 octobre 1922.

M. Maginot prend le premier la parole. Il lit, en commençant, un télégramme d'excuse de M. Polncaré, qui n'a pu quitter Paris, mais qui assure Mme Driant et ses vaillants camarades les Chasseurs à pied, qu'il est de cœur avec eux ». Après avoir dit que le colonel Driant, digne successeur des Roland, Jean le Bon, Bayard, Chevert, d'Assas, Beaurepaire, etc. a été une des plus nobles émanations de cette âme française à laquelle notre pays doit sa force et son rayonnement. le ministre évoque la jeunesse studieuse du héros, sa carrière d'officier, succès dans la politique, enfin, sa conduite héroïque pendant la guerre. […] 

De gauche à droite : G. Bègue (préfet de la Meuse) A. Maginot, E. de Castelnau 
Émile Driant (11 septembre 1855 - 22 février 1916)

Suivront des discours du général de Castelnau, de Victor Schleiter, président du Souvenir français (futur député de la Meuse et maire de Verdun), Désiré Ferry, député de Meurthe-et-Moselle, de l’académicien Maurice Barrés qui salue l’œuvre littéraire de Driant, du sénateur François Marsal et enfin de Mgr Ruch, évêque de Strasbourg qui vient fermer la série des discours. Ceux-ci terminés, la fanfare joue la Sidi-Brahim et le général Boichut fait rendre les honneurs au glorieux drapeau des Chasseurs de Driant. Avant les discours, le monument avait été béni par Mgr de la Celle, évêque de Nancy, et une absoute donnée par Mgr Ginisty, évêque de Verdun.

Source  des photos d’archives : Gallica


Réédition en 2016 du timbre de 1956 : "COLONEL DRIANT 1855-1916"



Le monument 100 ans plus tard

20/02/2022

Le sourire de l’ange (Étain)

En 2012, un appel à projet était lancé par le Conseil général de la Meuse et l’association Expressions auprès des artistes sculpteurs, céramistes et plasticiens habitant la Meuse ou ayant leur atelier dans le département, dans la perspective d’établir un trait d’union entre la sculpture contemporaine et l’œuvre du XVI° siècle de Ligier-Richier. Ce défi, ils ont été 14 à le relever et à proposer des projets de grande qualité, seuls 6 pouvaient être retenus, c’était la règle du jeu. Intéressons-nous aujourd’hui à l’œuvre retenue pour le site d’Étain.

Le sourire de l’ange (Jean-Jacques Jofa, 2013)
Pietà à Étain (Ligier-Richier, XVI° s.)

Mise au tombeau à Saint-Mihiel (Ligier-Richier, XVI°s.)

S’interrogeant sur deux œuvres majeures de Ligier Richier que sont La mise au tombeau (église Saint Etienne de Saint-Mihiel) et la Pietà d’Etain, Jean-Jacques Jofa pensa à ce projet où se combineraient à la fois le soutien protecteur, enveloppant de la Mère douloureuse, expression de la plus totale compassion et l’extrême horreur des corps martyrisés qu’a connue la terre lorraine gorgée de sang. 

 

Ainsi, ne se situant pas dans une perspective religieuse, même si chacun est invité ici à s’inspirer de son iconographie, l’artiste souhaitait donner à voir une Pietà résolument plus universelle voire laïque, expression d’une violence humaine qui semble ne s’écrire depuis Caïn, que dans la haine de l’autre, du frère, du semblable... La figure de l’Ange, porteur des instruments du supplice, ou Ange gardien s’est imposée : cet ange (laïque, qui a perdu ses ailes et comme il se doit, de sexe indéterminé...) relève le corps désarticulé et pantelant du Christ et son sourire caché est celui de la certitude triste de l’infinie servitude de l’homme à la violence.

Technique : sculpture en résine stratifiée et charges métalliques en fonte, cuivre et fer ;

Dimensions :  1,65 x 1,03 x 0,73 m 

[Source : Plaquette « Les artistes et Ligier-Richier, une réponse contemporaine » éditée par le Conseil Général de la Meuse en 2013]


Les étapes de réalisation de l’œuvre 



19/02/2022

Verrières de Gruber (Cathédrale ND de Verdun)

Dans le transept oriental de la cathédrale Notre-Dame de Verdun, on peut admirer deux des quatre imposantes verrières de la cathédrale réalisées par Jean-Jacques Gruber en 1933.

La messe de saint Martin

  • côté sud : « la messe de Saint Martin ». « L’apôtre des Gaules » est très vénéré en France : 3 667 paroisses dont une quarantaine en Meuse lui sont consacrées. Cette partie du transept était une chapelle dédiée à St Martin (actuellement occultée).

Saint Saintin prêchant l’Évangile

  • côté nord : « Saint Saintin prêchant l'Evangile », il porte un livre ouvert sur la phrase (en latin) « En Christ, je vous ai engendré ». Envoyé de Meaux par saint Denis, saint Saintin fut le premier évêque de Verdun en 332 (111 lui ont succédé depuis). 

Dans le transept occidental, deux autres grandes verrières également signées Gruber proposent 

  • dans le bras nord : cette verrière rappelle la consécration de la cathédrale, le 11 novembre 1147, par le Pape Eugène III. Malmenée lors d'une guerre avec le Comte de Bar Renaud, la cathédrale avait été restaurée par l'architecte Garin, mais les travaux n'étaient pas terminés en 1147. Après avoir consacré les églises de St Denis, de l'abbaye de Fontenay et de la Cathédrale de Châlons, accompagné de 18 cardinaux, Eugène III, invité par l'évêque Albéron de Chiny, était resté 17 jours dans notre ville. Sur le vitrail, il est représenté pratiquant l'onction sur la pierre marquée d'une croix. Béatifié il est représenté avec une auréole. L’autre saint auréolé représenté est probablement Bernard de Cairvaux, présent lors de la consécration de la cathédrale. C'était l'époque où le grand saint avait prêché la 2° croisade. Il était accompagné de son ami Albéric, cardinal d'Ostie. 
Consécration de la cathédrale de Verdun 
par le pape Eugène III en 1147

  • dans le bras sud : cette verrière représente la procession du St Sacrement dans les rues de Verdun. On reconnaît la cathédrale telle qu'elle était au XIII°s. Il faut savoir que la « Fête Dieu » avait été instituée par le Pape Urbain IV, ancien évêque de Verdun de 1252 à 1255 sous le nom de Jacques de Troyes. Il était le fils d'un marchand de cuir de cette ville.
Procession du saint Sacrement
dans les rues de Verdun


Source : Notes de Paul Gauny sur les vitraux de la cathédrale de Verdun.

18/02/2022

Le monument aux Michaux (Bar-le-Duc)

 Un enfant joufflu représentant le génie du vélo, placé devant un vélocipède, vante l’invention de la pédale par les Michaux père et fils en 1861, permettant ainsi au cycle d’évoluer de la draisienne vers le vélocipède. Conçu par Édouard Houssin, l’ensemble sculpté en bronze fut fondu en 1942 [et remplacé par une copie en fonte peu après la Seconde Guerre mondiale]. 

Le monument commémoratif remplace une fontaine édifiée en 1756 pour pourvoir aux besoins de ce quartier. Venant des sources de Popey, l’eau sera néanmoins déclarée dangereuse à la consommation et interdite en 1781. Une pompe alimentée par un puits  permit toutefois aux habitants de trouver de l’eau à cette emplacement jusqu’au XIXe siècle. Cet ensemble bâti dans un angle incurvé présente une structure classique associant pilastre ionique, niche à coquilles, cartouche rocaille et fronton triangulaire.

Ouvrant sur la rue du bourg, le monument est construit à l’emplacement d’un ancien bastion qui protégeait une des trois entrées de ce quartier au Moyen Âge.  [Source : panneau d’informations]



L’inauguration du monument (Source : Le Véloce-sport du 4 octobre 1894)

Deux bonnes heures que les Barisiens sont sur pied, c’est aujourd’hui dimanche et jour de l’inauguration du monument de deux enfants de la ville, c’est donc pour tous une double fête. Le rassemblement se fait à l’hôtel de ville,  ancienne propriété du Maréchal Oudinot […] 

À 10 heures, la foule, massée sur les trottoirs, applaudit, et le cortège arrive ainsi au bout de la rue de l’Entre-deux-ponts à un carrefour où se trouve le monument que recouvre un immense voile tricolore. Le cortège prend place dans l’enceinte réservée, cependant que la foule, que maintient à grand’ peine, la police, se masse alentour. Le voile tombe tandis que la fanfare attaque la Marseillaise, écoutée par tous debout et tête nue. Un tonnerre de bravos éclate quand on découvre le monument, d’un effet à la fois imposant et gracieux, formant une niche circulaire. C’est au milieu, sur un piédestal, qu’un gentil petit génie s’appuie gracieusement sur une draisienne de l’époque.



Source : Gallica


Le côté gauche porte en lettres rouges dans la pierre blanche :

PIERRE MICHAUX 1813-1883

« L’an 1756, sous le règne de Stanislas, duc de Bar, la niche centrale de ce monument a été érigée sur les plans de M. Montluisant, ingénieur des ponts et chaussées de Lorraine, pour une fontaine alimentée par les eaux de Popey. »


                 

De l’autre côté, comme pendant, cette inscription :

ERNEST MICHAUX 1842-1882

« L’an 1894, sous l’administration de M. Charles Busselot, maire, avec le concours du Comité parisien présidé par M. Pierre Giffard, l’ancienne fontaine a été restaurée et agrandie pour recevoir le monument de Pierre et Ernest Michaux. »

Le timbre VÉLOCIPÈDE Pierre et Ernest MICHAUX (1983)

 

Dessiné et gravé en taille-douce par Jean Delpech
Vente anticipée le 1er octobre 1983 à Bar-le-Duc (Meuse) et Paris 
Vente générale le 3 octobre 1983
Source : wikitimbres.fr 

Ernest Michaux en 1868
(Source : Gallica)

17/02/2022

Le mémorial de Pennsylvanie (Varennes-en-Argonne)

 Le Mémorial de Pennsylvanie de Varennes-en-Argonne est dédié aux volontaires de Pennsylvanie qui ont participé à la Première Guerre mondiale. Il est construit dans un style grec et la plateforme d'observation donne une vue sur la vallée de l'Aire. Le monument a été conçu par les architectes Thomas H. Atherton et Paul Philippe Cret. Il a été érigé par le Commonwealth de Pennsylvanie, par l'intermédiaire de la Pennsylvania Monuments Commission. La première pierre a été posée le 17 juin 1925.

Le mémorial de Pennsylvanie à Varennes-en-Argonne

Le mémorial est situé sur le terrain d'un ancien château et de l'église Saint-Gengoult de Varennes, tous deux détruits entre 1640 et 1642. 



Deux péristyles sur colonnes carrées entourent une esplanade, au centre de laquelle se trouve un piédestal avec un bassin en bronze reposant sur un trépied décoré de soldats grecs. Sur le bassin se trouve une citation du président américain Woodrow Wilson : "Le droit est plus précieux que la paix". 



À la base du bassin, des têtes de lions ont été sculptées. Sur les dernières colonnes, d'énormes épées verticales en relief peuvent être admirées. Le monument contient de nombreuses sculptures qui rappellent le style des monuments grecs de l'antiquité.




Inauguration du monument de Varennes

Varennes en-Argonne, 30 mai 1928.


La commission est la garde nationale de Pennsylvanie ont célébré ce matin à Romagne-sous-Montfaucon, la fête du Memorial Day, cérémonie au cours de laquelle M. Magny, préfet de la Meuse a pris la parole pour rappeler l’héroïsme des corps expéditionnaires américains en France. La commission et la garde nationale de Pennsylvanie conduites par le général Price et le général Martin, se sont ensuite rendues à Varennes-en-Argonne, où, à 14h, a eu lieu l’inauguration d’un monument commémoratif : les honneurs ont été rendus par un détachement de troupes françaises auquel s’étaient joints des légionnaires américains en uniforme et en armes. 


Le préfet de la Meuse, représentant Monsieur Raymond Poincaré, président du Conseil, a présidé cette cérémonie. Le gouverneur militaire et le sous-préfet de Verdun étaient présents, ainsi que Monsieur Lecourtier, sénateur, MM. Schleiter et Didry, députés de la Meuse, les conseillers généraux et d’arrondissement des cantons intéressés, les maires et conseils municipaux des deux communes et le président de la fédération meusienne des anciens combattants. Devant le monument, la musique militaire a exécuté le Stars spangled banner et la Marseillaise. Après l’invocation prononcée par le curé de Varennes, le général Price, puis le général Martin ont évoqué les souvenirs qu’ils ont gardé des combats auxquels ils prirent part en France avec leurs hommes et exprimé leur reconnaissance pour la cordialité de l’accueil qui a été fait par la nation française aux anciens combattants de Pennsylvanie.


Monsieur Magny, préfet de la Meuse a prononcé une allocution dans lequel il a d’abord transmis les excuses et les regrets de Monsieur Raymond Poincaré, retenu à Paris par les devoirs de sa charge. Monsieur Magny a félicité ceux qui ont eu la pensée de commémorer la mémoire des exploits de leurs compatriotes. Il a ajouté que la cité de Varennes, dont la libération est due aux vigoureux efforts de la division de Pennsylvanie, saura se montrer la gardienne fidèle de ce monument.


Un chapelain américain a ensuite béni le monument et une trompette de la délégation pennsylvanienne a exécuté la sonnerie funèbre « Taps ».


Après la réception offerte par la municipalité dans les salles de la mairie, les troupes américaines, musique en tête, ont défilé dans la ville. À 15h40, le cortège a pris place dans des autocars pour se rendre à Nantillois (où sera inauguré un autre monument en hommage aux troupes pennsylvaniennes.)


Extrait du journal L’Œuvre  - 31 mai 1928 

Source : Gallica